« Non datée » [source : BnF, Mss, NAF 16322, f. 175-176], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5809, page consultée le 12 août 2026.
Dimanche, 20 juillet 1834, 1 h. ½ du matin1
Mon Victor bien-aimé, c’est aujourd’hui ta fête. J’aurais bien désiré pouvoir te la
souhaiter dignement en te faisant une belle surprise – mais tu le sais, mon Victor,
nous ne sommes riches que d’amour et de poésie. Cette richesse qui est la plus belle
fortune des amoureux ne s’escompte chez aucun boutiquier quel qu’il soita – C’est pour cela, mon
pauvre bien-aimé, que je ne te donne rien – car enfin, je ne puis pas te donner mon
cœur qui est à toi depuis que je te connais, mon regard qui est à toi depuis que je
t’ai vu, mon souffle qui est à toi depuis le jour où j’ai respiré sur ta bouche, mon
âme qui est à toi depuis le jour où tu as daigné la prendre. Je ne te donne rien –
puisque tout est [à] toi – Mais je t’aime, je t’aime tant que cet
amour seul suffirait au bon Dieu le jour de sa fête.
Je t’aime. Je t’envoie un million de baisers que je vous prie de ne pas mettre
dans les lots malheureux. À bientôt, ici ou là-basb, de près
ou de loin. Je t’aime.
Juliette
[Adresse]
20e
Au plus aimé des hommes
À mon Victor
1 Juliette a écrit « dimanche 18 juillet 1834 ». Cette date, incorrecte, a été corrigée d’une autre main, sur le manuscrit, en « 20 ». La Saint-Victor tombe le 21. On peut donc supposer que la lettre a été écrite dans la nuit du dimanche 20 au lundi 21 juillet ou bien dans la nuit du samedi 19 au dimanche 20 juillet, et que la famille Hugo célèbre la fête du 21 le 20 juillet, parce que c’est un dimanche. (Il était d’ailleurs fréquent à l’époque que l’on célèbre la fête la veille.) La numérotation précédant les adresses fait pencher pour cette seconde hypothèse. Cette lettre étant la « 20e », elle est donc antérieure à la suivante, la « 21e », probablement écrite le dimanche 20 juillet à 9 h. du matin.
a « quelqu’ils soient ».
b « labas ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle est pensionnaire à la Comédie-Française, engagée par faveur, mais n’y est jamais distribuée. Malgré de plaisantes excursions et villégiatures, l’inaction commence à lui peser, et les disputes alternent avec les réconciliations
- 15 janvierÉtude sur Mirabeau.
- 19 marsLittérature et philosophie mêlées.
- 1er avrilElle est engagée à la Comédie-Française, mais n’y jouera jamais.
- 14 maiPromenade sur la butte Montmartre.
- 2 juilletHugo lui offre un médaillon le représentant « sur fond de Notre-Dame de Reims ».
- 3 juilletExcursion à Jouy-en-Josas.
- 6 juilletClaude Gueux.
- 17 juilletIls vont à Notre-Dame de Paris.
- 20 juilletElle déménage du 35 bis, rue de l’Échiquier pour le 4 bis, rue de Paradis.
- 22-26 juilletVoyage avec Hugo à Saint-Germain, Meulan, Rolleboise, Louviers, Évreux, Pacy-sur-Eure, Poissy.
- 2 aoûtSuite à une violente dispute, Juliette Drouet fuit en Bretagne avec sa fille Claire chez sa sœur, à Brest.
- 8 août-1er septembreHugo l’y rejoint pour la ramener à Paris. Voyage à Brest et sur les bords de la Loire.
- 1er septembreHugo installe Juliette et Claire dans une petite maison dans le hameau des Metz près de Jouy-en-Josas, dans la vallée de la Bièvre.
- À partir du 3 septembreHugo séjourne chez Bertin aîné aux Roches, près de Biévres, avec sa femme et ses enfants.
- OctobreJuliette Drouet emménage au 50, rue des Tournelles.
